Résistance de la vigne à la sécheresse et à la canicule : au-delà du cépage, l'architecture du vignoble
Face à l'intensification des épisodes de sécheresse et des vagues de chaleur estivales, le monde viticole cherche trop souvent une réponse unique dans le matériel végétal : le cépage « miracle » qui résisterait à tout. Sans nier l'intérêt majeur des cépages autochtones méridionaux ou de porte-greffes à enracinement profond, réduire l'adaptation du vignoble à sa seule génétique est une erreur de perspective.
La capacité d'un cep à traverser des canicules répétées sans blocage de maturité ni grillage des baies repose avant tout sur la gestion de la surface foliaire, le choix du mode de conduite et la création d'un microclimat parcellaire.
1. La gestion foliaire et le rognage : cesser le gaspillage d'eau
La transpiration foliaire constitue le premier poste de consommation d'eau de la plante. Dans beaucoup de vignobles conduits en haies étalées, le rognage systématique produit un effet inverse à celui recherché :
Le piège du rognage répétitif : En coupant les apex en pleine croissance estivale, on stoppe la pousse verticale mais on stimule immédiatement le débourrement des entre-cœurs. Ces jeunes feuilles très consommatrices d'eau pompent les réserves hydriques au moment exact où le sol s'assèche.
Le tressage des brins : L'enroulement ou le tressage des apex supérieurs (plutôt que leur sectionnement) permet d'envoyer un signal hormonal d'arrêt de pousse à la vigne sans provoquer cette ramification secondaire néfaste.
Trouver le bon équilibre foliaire : Il s'agit de maintenir une Surface Foliaire Éclairée (SFE) suffisante pour assurer la maturité, mais arrêtée tôt pour stopper la transpiration inutile.
2. Cépages résistants et modes de conduite : un indispensable duo
Changer de cépage ne dispense pas de revoir la façon de conduire la plante. Les nouveaux matériels végétaux doivent impérativement être accompagnés par la taille :
Taille courte et charge maîtrisée : Préférer des tailles à coursons courts pour réguler le nombre de grappes et adapter la circulation de la sève dans les vaisseaux du bois.
La taille en haie (prétailleuse) : Si la mécanisation par prétailleuse offre des gains de temps considérables, la conduite en buisson génère une multitude de petites grappes réparties dans une canopée dense. En situation de fort stress hydrique, l'excès de bois et de fruits peut épuiser la souche si la surface foliaire globale n'est pas rigoureusement canalisée.
Focus technique : Vers un Gobelet à 2 branches alignées mécanisable
La taille en Gobelet reste la championne absolue des zones arides : sa structure basse, aérée et multidirectionnelle offre un ombrage naturel remarquable au cœur de la souche. Son frein moderne réside dans la difficulté de récolte mécanique.
L'adaptation envisageable : Former un gobelet « plat » ou aligné sur 2 branches orientées dans le sens du rang, guidées par 1 ou 2 fils de soutien. Cette structure conserve les atouts physiologiques du gobelet (ombrage des grappes, réserve de bois ancien, résistance aux vents) tout en rendant le rang 100 % accessible aux machines à vendanger et aux outils de travail du sol.
3. Ombrage, orientation et agroforesterie : créer du microclimat
Pour éviter que la température à la surface des baies ne dépasse les seuils critiques (40 °C et plus), c'est la structure même de la parcelle qu'il convient de repenser :
L'orientation des rangs : L'orientation classique Nord-Sud gagne, dans les régions les plus brûlantes du Sud, à être infléchie (Nord-Est / Sud-Ouest) afin de soustraire la zone des grappes aux rayons directs du soleil aux heures les plus chaudes (14h-16h).
Arbres et couverts végétaux : L'introduction d'arbres d'ombrage en bordure ou dans la parcelle (agroforesterie viticole) couplée au maintien de couverts végétaux séchés en paillage isole le sol, diminue sa température de plusieurs degrés et réduit l'évapotranspiration globale.
En conclusion
Face au défi climatique, le vignoble ne réclame pas une débauche d'intrants ni de rognages mécaniques aveugles : il demande une architecture réfléchie, de l'ombre portée et un accompagnement physiologique sur-mesure.
— Patrice Drucbert

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire