Les canicules: conséquences sur les vignes
La France a été touchée par une grosse vague de chaleur fin juin 2019. La canicule a pris fin dans toute une partie de
la France dès dimanche 30 juin, et pour le sud-est du pays, il aura fallu
attendre le 2 juillet 2019. Autre date à retenir dans les annales 1976, particulièrement
marquante pour les vignobles surtout dans le Sud Est de la France
2022, l’année des records et de la durée
Ces phénomènes ont eu pour conséquences des brûlures de feuilles pouvant
aller jusqu’à la défoliation complète, une brunissure et un dessèchement des
baies allant de quelques baies à la grappe entière (échaudage).
Nos observations et celles des viticulteurs nous permettent de
signaler :
1°) Un
effet cépage :
Si l’ensemble des cépages ont été touchés, le Carignan a le plus souffert
de la situation et la syrah a également marqué d’importants symptômes.
Contrairement à 2003, le grenache a mieux résisté. Mais est-ce significatif ?
Il est trop tôt pour le dire.
2°) Un
effet terroir :
Indéniablement les dégâts observés
semblent plus graves dans les sols très caillouteux ou de couleur claire (sols
réfléchissants) et dans les parcelles particulièrement exposées au rayonnement
solaire.
Pourcentage de réverbération pour quelques surfaces (pour comprendre)
·
Surface de lac : 2 à 4 %
·
Forêt
de conifères : 5 à 15%
·
Sol
sombre : 5 à 15%
·
Surface de la mer : 10 à 20%
·
Sol
Calcaire (clair): 40 à 45%
·
Sol
clair avec pierre ou galets : 45 à 55 %
·
Eau transparente : 25 à 50%
·
Glace : 50 à 60%
·
Neige tassée : 40 à 70%
·
Neige fraîche : 75 à 90%
·
Miroir parfait : 100%
Influence de la couleur de surface sur le réchauffement
plus ou moins rapide des sols
Lorsque l'albédo est élevé en surface (teintes claires), le
réchauffement du sol est plus lent que quand la teinte est plus vive (abondance
du fer) et/ou plus foncée (abondance des matières organiques)
L'albédo,
ou albedo (sans accent), est le pouvoir réfléchissant d'une surface,
c'est-à-dire le rapport de l'énergie lumineuse réfléchie à l'énergie lumineuse
incidente.
Ce qui veut dire que pour une température enregistrée de 35° sur un sol
claire une chaleur résiduelle transmise par réverbération permet d’atteindre
sur le feuillage et les grappes des températures totales pouvant dépasse les
50°
Les rayons émis
par le soleil
Ceux qui atteignent la
surface de la Terre sont : les rayons visibles (la lumière), les rayons
infra-rouges (ou IR), les ultra-violets (ou UV). Les IR et les UV sont
invisibles. Les rayons de longueur d'ondes très
courtes (les rayons x, gamma,), extrêmement dangereux sont heureusement arrêtés
dès les couches supérieures de l'atmosphère.
Les rayons de longueur d'ondes très longues (ondes radio) sont très faibles
à la surfaces de terre.
Nous parviennent essentiellement :
·
Les Ultraviolets (UV), de 200 nm à 400 nm, invisibles, sans échauffer,
provoquent des dommages sur les cellules ;
·
la Lumière visible, de 400 à 800 nm, visibles, ils nous permettent de
distinguer les formes et les couleurs ;
·
les Infrarouges (IR), de 800 à 1400 nm, invisibles, chauffent la matière
solide ou gazeuse qu'ils rencontrent.
Effet du micro
climat
Un
microclimat est un climat local avec des
caractéristiques différentes de la région où il est situé. Le microclimat est
un ensemble de modèles et de processus atmosphériques qui caractérisent un
environnement ou une portée réduite. En fait, il y a un microclimat si les
circonstances à petite échelle sont différentes de ce à quoi on s'attendrait en
fonction du climat. Ceci est causé par la géographie, la végétation, la
direction dominante du vent et parfois aussi l'intervention humaine, comme le
développement urbain. Cela influence la température,
le nombre d'heures de soleil et même la quantité de précipitations
3°) Un
effet soufre prépondérant :
à première vue, la majorité des vignes ayant subi des préjudices importants
ont fait l’objet d’un traitement ou plusieurs traitements contre l’oïdium avec
du soufre pendant cette campagne. La rémanence des produits dit « soufre
mouillable » peut aller jusqu’à 15
jours et être actif pendant cette période et accentuer l’action du soleil.
4°) Enfin
l’impact est plus marqué dans les vignes les plus faibles, les plus
jeunes (plantier de 3ème feuille ou 4ème feuille), sur des rangées entières ou
des bordures selon un écoulement de l’air chaud (phénomène semblable à celui du
gel).
L’ÉCHAUDAGE
Le soleil
peut provoquer un accident appelé échaudage, ou grillage. Il se
produit sur les raisins avant la véraison, lorsque ceux-ci, après avoir été
protégés de la grande lumière par un ciel plus ou moins nuageux, sont exposés
brusquement à un soleil ardent, par temps calme. La partie exposée au soleil
est grillée ; il se forme à l’emplacement atteint une dépression, le coup
de pouce. Les grains semblent avoir été frappés par des grêlons, ils
dessèchent et tombent. Cet accident est assez fréquent en région
méditerranéenne et il peut avoir des
conséquences importantes. Les coups de soleil de cette fin juin 2019 en sont la
preuve.
Estimant que
de nombreuses filières ne sont pas préparées à un réchauffement climatique,
nous ne pouvons que conseiller de
s’adapter à ces nouvelles conditions sans attendre plus longtemps. Les vagues
de chaleur s'allongent et deviennent plus rudes, il faut se faire au modèle
d'un climat de plus en plus imprévisible.
Notre carrière d’œnologue consultant suffisamment longue nous permet de noter notamment:
-
d’abord les
phénomènes « températures » qui se répètent et s’aggravent :
1°) 1976, dans le Sud
Lubéron, vu de nombreux échaudages de grappes et des brulures sévère du feuillage.
De fin juin à la mi-juillet, tous les records de chaleur sont battus.
2°) 1983, Une vague de chaleur
intense dure du 9 au 31 juillet : on dépasse encore les 40 ° 3°) L'été 2003 est le plus chaud
jamais observé depuis le début de la mise en place d'un réseau d'observation en France (dépassant les 40 degrés le 4 août). 4°) 2006. La vague
de chaleur, qui dure du 10 au 28 juillet, se situe au deuxième rang des plus
sévères observées en France depuis 1950, après celle de 2003 (Météo-France). La
basse vallée du Rhône est la plus affectée. La mer atteint 30 degrés à
Marseille.
5°) et aussi 2019
6°) 2022
est l’année de tous les record (bien que)
Nous avons
été témoin des conséquences désastreuses sur les vignobles surtout en zone
méditerranéenne, mais le Sud-Ouest de la France a été également marqué. Dans
toutes ces périodes des vignes ont ressenties des températures dépassant les 40
degrés. Ces températures élevées s’aggravent avec les effets des traitements de
la vigne, de la réverbération sur les sols des vignes….
Conséquences
des épisodes de fortes chaleurs sur la vigne
Nous savons que l’optimum thermique pour la vigne se situe entre 25 et
35°C environ, au-delà de ce seuil le risque d’échaudage physiologique devient
important et au-delà de 40°C la vigne est soumise au grillage. Suite à une
série de journées avec des températures supérieures à 35°C, les baies se
dessèchent, ce qui nuit à une bonne maturation des baies. Ainsi, les différents
auteurs qualifient les températures dangereuses pour la vigne à partir de 35°C
jusqu’à 42°C (Champagnol, 1984 ; Huglin, 1986 ; Galet, 2000)
De plus des températures supérieures à 40°C vont bloquer la
photosynthèse de la vigne (Motorina, 1958). Pendant la phase de maturation la «
baie ayant atteint sensiblement son volume définitif subit des transformations
chimiques importantes : accumulation de sucres, diminution de l’acidité »
(Guillon, 1905) et est donc très sensible à ces températures extrêmes. C’est
pourquoi Langellier (2003) explique que les
vignes souffrent davantage d’un stress thermique que d’un stress hydrique.
Les
pratiques culturales pour lutter contre les effets des fortes chaleurs
Le changement
climatique a de multiples effets sur les vignobles : avancée des dates de
vendanges de plus de trois semaines par rapport aux années 50, déficits
hydriques accrus, augmentation du degré d’alcool et acidité plus faible des
vins, rayonnement incident plus fort, évolution des profils aromatiques,
recrudescence des attaques de champignons et d’insectes ravageurs… Pour les
vignobles méditerranéens, l’évolution du
climat est problématique dans la mesure où il accentue les fortes températures
estivales, les épisodes de canicule et sécheresse (stress hydrique), le manque
de froid qui perturbe la phénologie de la vigne, le risque de gel tardif après
une longue période de redoux qui favorise le débourrement... Les vignobles
métropolitains qui présentent des caractères spécifiques (climat, sol,
variétés, cépages, savoir-faire) subissent outre la forte variabilité
interannuelle du climat méditerranéen, des conditions climatiques sévères qui
auront tendance à s’aggraver ces prochaines décennies. Selon l’Institut
national de la recherche agronomique (Inra), en l’absence d’adaptation, le
rendement des vignes en régions méditerranéennes notamment diminuerait de -15 à -35 %.
Pour faire
face au défi climatique, l’adaptation des vignobles, des stratégies d’adaptation
efficaces sont à mettre en œuvre et devront même laisser la place à des
mutations profondes des pratiques agricoles d’ici la fin du siècle si les pays
et les sociétés ne diminuent pas les émissions de gaz à effet de serre dans
l’atmosphère de façon drastique. Avec une hausse supérieure à 1,8°C durant la
période estivale à l’horizon 2055, les périodes de chaleur intense seront
plus fréquentes et les événements extrêmes (précipitations, gel,
inondation…) se multiplieront. Les vignobles et les cultures en général sont
ainsi appelés à souffrir, ce qui aura des répercussions agricoles,
environnementales et économiques avec une compétitivité accrue entre les
vignobles et donc les vins. Il faut noter que si les mesures drastique sont
prisent par nos sociétés mondiales nous retarderons les échéances dramatiques
que d’une centaine d’année. Nous verrons plus loin pourquoi ?
Pour limiter les impacts du changement
climatique sur les vignobles, des actions d’adaptation locales devront être mises en place. Pour répondre aux besoins des
viticulteurs et des professionnels du vin, il faudra définir des stratégies
d’adaptation sur l’ensemble des régions viticoles françaises. L’approche doit
être multiple dans la mesure où elle
devra se pencher sur la plante, la
parcelle, l’exploitation et le vignoble à l’échelle régionale ou d’une appellation.
Une série de recommandations et de solutions devrait être préconisée, par
exemple :
♦ raisonner
la localisation des vignes en fonction du cépage et des techniques œnologiques, mais aussi des
goûts des consommateurs et de la législation vitivinicole ;
♦ sauvegarder
la période de maturité du raisin entre le 10 septembre et le 10 octobre.
Pour maintenir la qualité des vins, les viticulteurs devront retarder la
maturité du raisin. Deux catégories de mesures semble être utiles: la
modification des techniques viticoles et la modification du matériel végétal ;
♦ Pouvoir
l’état hydrique de la vigne : installation de système d’irrigation au
goutte à goutte, façon culturale au sol (binages fréquents pour favoriser
l’utilisation de l’eau…..).
♦utiliser des
techniques de conduite de la vigne adaptées au stress hydrique de la plante (conduite
en gobelet qui préserve la qualité des vins par exemple) ;
♦ privilégier des sols ayant un fort potentiel
en réserve utile pour maintenir les rendements même en cas de longs épisodes
secs ;
♦ limiter
l’exposition des grappes de raisin au rayonnement direct car ce dernier augmente la teneur en composés phénoliques du
raisin et modifie le profil aromatique des vins et les risques de brulures sont
augmentés. Eviter les rognages intempestifs.
♦
sélectionner des cépages offrant des économies d’eau pendant la nuit. Il s’agit
d’une nouvelle stratégie de sélection
pour la tolérance à la sécheresse chez la vigne : nouveaux cépages déjà à
l’essai et mise en place actullement.
♦ choisir des
variétés résistantes aux maladies cryptogamiques (mildiou ou l’oïdium par
exemple) tout en réduisant l’utilisation des produits phytosanitaires, en
particulier l’utilisation d’engrais azotés et de soufre qui augmente les risque
de coup de chaud sur feuilles et raisins : nouveaux cépages
♦ définir les
stratégies susceptibles de protéger et préserver les terroirs viticoles des
territoires,
♦ adapter les
pratiques agronomiques locales, repenser la conduite du vignoble, maintenir et développer l’économie
vitivinicole…
♦ il faudra à
court terme assurer un taux de sucre et
donc un degré d’alcool élevés, tout en s’autorisant un relèvement modéré du
rendement, ce dernier ayant été affecté ces dernières années par les effets
combinés de la canicule et de la sécheresse.
♦ un recours
modéré à l’irrigation de complément durant les périodes critiques serait
techniquement justifié : rationalisation des sources d’eau → envisager des retenues d’eau par exemple
Une relocalisation des vignes sera peut être
nécessaire si l’augmentation de la température de l’air approche 4 ou 5°C
dans la seconde moitié du XXIème siècle.
Après le coup de chaud sur certaines parcelles, QUE FAIRE
AU VIGNOBLE ?
Selon
l’Institut Coopératif du Vin (Service Viticole):
Les binages superficiels sont recommandés pour préserver
l’humidité des sols, limiter l’évaporation, et éviter toute concurrence inutile
de l’herbe. Attention aux jeunes vignes car les blessures sont susceptibles
d’accentuer les besoins en eau.
Eviter les rognages avant toute période de forte
chaleur : mieux vaut préserver le feuillage et le laisser protéger par son
ombre le raisin et une partie des autres feuilles. Proscrire systématiquement
les rognages sévères, et veiller à laisser au moins 50 cm d’épaisseur de
feuilles sur les espaliers.
Ceux qui ont les moyens d’arroser doivent poursuivre leurs
apports et si nécessaire demander conseil pour les adapter. Attention aux
plantiers (1ères feuilles et vigne en formation) qui déjà en temps normal sont
plus sensibles à la contrainte hydrique et qu’il faudra maintenir en bon état
jusqu’en septembre.
Protection phytosanitaire : dans la plupart des
vignes la situation est assez saine, avec une très faible pression
mildiou et une pression oïdium variable. Dans tous les cas éviter les
traitements les jours de forte chaleur, et si possible 48 h avant :
attention tout particulièrement aux produits particulièrement phytotoxiques
avec la chaleur comme le soufre. Et dès que c’est possible (pas de risque
mildiou, pas d’oïdium et fin de la période de sensibilité, pas de tordeuses,
etc) éviter les traitements inutiles.
ET LES PULVERISATIONS FOLIAIRES ?
Des traitements foliaires à la véraison pour favoriser les
précurseurs d’arômes sur blancs et rosés sont fréquemment réalisés. Cette
année il est indispensable de rappeler quelques conseils de prudence mais aussi
d’adapter les préconisations.
Ces interventions se réalisent à la véraison, et donc d’ici
2 à 3 semaines environ par rapport à la date de rédaction de cette note.
Il est inutile de réaliser ces applications sur des
parcelles ayant subi des échaudages importants : nombreuses grappes
touchées, défoliation déjà marquée,…A suivre donc en cas de progression des
défoliations liées au manque d’eau.
De ce fait à ne réaliser que sur les vignes en bon état
hydrique : pas ou très rares feuilles jaunes.
Ne pas réaliser d’application de soufre mouillable
seul : les risques de phytotoxicité sont trop élevés et les gains par
rapport aux stratégies azote/soufre restent à confirmer.
N’utiliser que des formulations commerciales (pas de
pulvérisation d’urée seule) sachant que toutes ne présentent pas les mêmes
risques liées à la chaleur. Il semble que certaines formulations associant urée
et soufre mais de plus pauvres en biuret soient moins risquées (exemple :
Thioleaf, Folur S,…). Les spécialités commerciales sur le marché sont
nombreuses, se renseigner auprès de son fournisseur de produits local.
En cas d’annonce de nouvel épisode caniculaire au moment de
l’intervention (maximales supérieures à 35°C,…), repousser celle-ci de quelques
jours.
Et enfin, au-delà des pulvérisations foliaires, lors des vendanges les sélections parcellaires devront veiller à bien distinguer les parcelles ayant subi des contraintes importantes des autres.
Vigne bien protégée de la réverbération
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